Selon le côté où l’on se place, les élections législatives du 28 Septembre dernier au Bélarus ont soit respecté « entièrement la législation biélorusse et le droit international » (Pavel Borodine, Secrétaire d’Etat de l’Union Russie-Biélorussie), ou soit sont considérées comme une imposture (opposition). Même l’estimation de l’OSCE, pourtant modérée et laissant la porte ouverte, qui note des progrès mineurs mais souligne que, globalement, ces élections n’ont pas satisfait aux critères démocratiques, a fait elle aussi l’objet d’interprétations divergentes.
Il faut dire que, outre les falsifications « habituelles » indéniables, notamment lors du vote par anticipation et du comptage des voix, l’opposition s’est présentée en ordre dispersé, scindée entre partisans du boycott et ceux de la participation. Au final, aucun candidat de l’opposition n’a été élu.
Le quotidien russe « Kommersant » a ainsi pu titrer : « Le Bélarus n’est pas sorti en Europe », évoquant les timides tentatives récentes de rapprochement entre Minsk et l’Ouest. Car la composition du nouveau Parlement et la réaction plutôt négative de l’OSCE ont dû réjouir Moscou. Condamné par l’Ouest, on pensait que le Bélarus n’avait désormais pas d’autre solution que de passer sous les fourches caudines de la Russie, et rejoindre le Venezuela dans la reconnaissance de l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, au risque de voir le prix du gaz augmenter d’une façon exponentielle.
Or, il semble que la priorité de l’Union Européenne soit désormais de contrer l’influence russe. Tout en appelant le gouvernement bélarusse à améliorer le processus électoral, le Parlement européen a en effet adopté une résolution (597 voix pour, 31 contre, 22 abstentions) visant à lever les sanctions contre certains dirigeants bélarusses (refus de visa) pour six mois, à titre d’essai. Le fait que le Belarus n’ait finalement pas reconnu l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud n’est peut-être pas étranger à cette décision.
En outre, une partie de l’opposition, notamment ses deux figures emblématiques, Alyaksandr Milinkevich et Alyaksandr Kazulin ont apporté leur soutien à ce revirement de l’UE, tout en soulignant qu’Alyaksandr Lukashenka devrait continuer personnellement à être banni de l’Union.
Enfin, certains députés européens, notamment polonais, travaillent en coulisse pour que le coût du visa Schengen pour les citoyens bélarusses (actuellement de 60 €) soit abaissé (à titre de comparaison, il est actuellement de 35 € pour les citoyens russes).
Les rapports entre l’UE et le Belarus sont-ils donc en train de changer ? Ce n’est pas si sûr. A titre d’exemple, Krisina Ojuland, membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe et vice-présidente du Parlement estonien, s’est vu refuser son visa. Il est vrai qu’elle avait prévu de rencontrer des représentants de l’opposition bélarusse……
Des développements sont donc encore à venir.